Sophie Lacour : “Actuellement, nous ne pouvons pas dire qu’il y ait de l’innovation pure”

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Source : Sophie Lacour : “Actuellement, nous ne pouvons pas dire qu’il y ait de l’innovation pure”

Le tourisme est un secteur sur lequel il vaut mieux être souple sur ses appuis. De crises en faillites, en passant par les révolutions technologiques, rares sont les industries à être secouées aussi régulièrement. Pour y voir plus clair dans l’avenir d’un secteur en perpétuel mouvement, nous avons rencontré Sophie Lacour. La chercheuse revient sur l’état de l’art de l’innovation et aussi sur les craintes que nous avons tous des innovations.

 

Rédigé par le Vendredi 6 Décembre 2019

 

TourMaG.com – Nous nous sommes croisés mi-octobre à Pau, pour les Rencontres eTourisme. Quel message souhaitiez-vous faire passer lors de votre conférence ?

Sophie Lacour : Les Rencontres eTourisme de Pau s’adressent principalement à des institutionnels et des Offices de tourisme.

Mon message était de leur faire comprendre que l’innovation dans leur quotidien peut venir par des briques technologiques qu’ils vont ajouter, sans être obligé de tout changer.

Le deuxième axe de mon exposé étant que le digital induit un changement sociologique profond, bien plus que les technologies précédentes, c’est de l’ordre du feu ou de la roue.

Il y a un avant et un après.

Avec l’arrivée de la roue, il y a eu une explosion technologique réelle, des pyramides ont été érigées, des canaux pour l’irrigation et plein d’autres choses qui font ce que nous sommes aujourd’hui.

TourMaG.com – Cette technologie majeure qu’est le digital cannibalise l’innovation. Cela explique pourquoi nous ne voyons plus guère de changements ?

Sophie Lacour : Actuellement, c’est ce qu’il se passe, je fais de la veille sur les nouvelles technologies depuis six ans.

En 2010, nous étions au Précambrien, la première ère géologique de l’histoire de la Terre, tout était très cher, neuf, il n’y avait pas d’étudiants, ni de formations universitaires.

Depuis six ans, la technologie s’est démocratisée, avec l’open source, rendant la technologie digitale accessible à de plus petits acteurs et même à tous.

Nous ne pouvons pas dire qu’il y a de l’innovation pure, mais nous sommes dans l’innovation incrémentale. C’est-à-dire qu’elle se développe et acquiert de la maturité, mais ne se transforme pas de manière absolue.

 

“Nous sommes au même stade que la voiture dans les années 30…”

TourMaG.com – Il est impossible de donner une direction à l’innovation ou de livrer une vision à 10 ans…

Sophie Lacour : Si bien sûr, nous voyons ce qu’il se passe maintenant et ce vers quoi nous allons aller. Nous sommes au même stade que la voiture dans les années 30, elle a vu s’ajouter un pare-brise, des essuie-glaces, un volant, des freins, etc. Après, elle est toujours pareille.

Nous sommes dans un perfectionnement de la technologie existante.

TourMaG.com – Il n’y a plus de révolution technologique, nous voyons même émerger un nombre incalculable de gadgets. Quelle est votre vision ?

Sophie Lacour : Nous avons vu fleurir de nouveaux gadgets ces dernières années, et de nombreux vont mourir. Que ce soit au CES Las Vegas ou à VivaTech, des objets intelligents sont apparus, mais ils sont seuls, la lampe devient intelligente, comme le miroir ou la poignée de porte.

Tout ça n’a pas de sens, ce n’est pas la bonne façon de penser l’innovation.

Il va y avoir une généralisation des objets connectés, mais pilotés par un seul et même protocole, le problème reste le même, il convient de le trouver et de l’adopter.

Nous sommes à la recherche de l’uniformisation du protocole d’utilisation.

TourMaG.com – Les départements Recherche et Développement, mais aussi les start-up n’auraient-ils pas intérêt à focaliser leurs recherches sur la data et l’intelligence artificielle ?

Sophie Lacour : Ce sont deux sujets différents. Au niveau de la data, il y a eu un important problème dans son exploitation, car les entreprises l’ont fait de façon intrusive.

Tous les scandales qui ont été révélés ces derniers mois ont choqué énormément de monde et finalement, la population se retrouve à avoir peur, alors qu’au début, la data était perçue comme une avancée positive.

Les GAFA ont commis une erreur en traitant la data de façon intrusive, sans prévenir les gens. De nombreux responsables de start-up me disent qu’ils ont énormément de mal à faire fonctionner leur solution, car ils n’arrivent pas à récupérer la data auprès des territoires.

Il va falloir du temps pour calmer le jeu autour de cette problématique, pour que la population reprenne confiance dans les GAFA et l’exploitation de leurs données.

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