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«Avec le télétravail, l’enjeu n’est plus de contrôler mais de délivrer»

Le 30 mars, Elisabeth Borne, ministre du Travail, affirme que le télétravail est une « obligation » sous peine de « sanctions ». Le 31 mars, Emmanuel Macron annonce la fermeture des établissements scolaires pour trois à quatre semaines, selon les niveaux, contraignant ainsi de nombreux parents à travailler chez eux.
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Le télétravailleur est-il moins efficace que le travailleur ?

La crise a permis de dépasser une résistance latine au télétravail associé à des « télé-vacances ». Aujourd’hui, 64 % des entreprises estiment que le télétravail est un facteur de productivité. Celle-ci a plutôt tendance à augmenter, ne serait-ce que par le biais de la disparition du temps de trajet. Une étude d’Harvard et de l’Université de New York établit que le télétravailleur consacre en moyenne 48 minutes de plus à son activité professionnelle. D’après une autre étude (Cap Gemini), 70 % des dirigeants sont convaincus que les gains de productivité engendrés par le télétravail peuvent être pérennisés une fois la pandémie terminée. Sur plusieurs années, le gain de productivité devrait être de 17 %. Mais cela varie en fonction de la personnalité des salariés : ceux qui sont traditionnellement très impliqués le sont davantage avec le télétravail ; à l’inverse, chez ceux qui sont plutôt désengagés, cette tendance s’accentue. Le management doit être attentif et pallier ces deux excès. Cela implique d’être attentifs au suivi du temps et de la charge de travail des télétravailleurs.

Qu’en est-il de la productivité collective ?

Celle-ci se dégrade, mais on met plus de temps à en prendre conscience. C’est le problème du jeune collaborateur qui n’est plus autant accompagné, de l’équipe qui ne peut plus se donner des coups de main, des dynamiques d’intelligence collective ou d’innovation qui sont freinées…

Quelles sont les conséquences du télétravail sur la stratégie immobilière des entreprises ?

L’immobilier est le deuxième poste de dépenses des entreprises, après les salaires. Avant la crise sanitaire, le taux d’occupation des locaux était de 50 %, contre 40 % dans le reste du monde. Quand on sait qu’un poste de travail en France coûte en moyenne 13 500 euros par an, il y a donc une destruction de valeur qu’il est légitime de vouloir contenir.

Donc tout le monde en télétravail ?

Non, ce serait une bêtise. La Covid a été un game changer sous contrainte. Maintenant, il faut organiser des formes hybrides de travail, en repensant l’organisation de l’entreprise. Il ne s’agit pas d’imposer à tous le même rythme de télétravail. Il faut moduler en fonction du cycle propre à l’entreprise et aux activités.

L’idée reste bien d’économiser les mètres carrés ?

Oui, mais en aménageant les locaux. Le flex office n’est pas la panacée. Il faut aussi prévoir des espaces collaboratifs pour se regrouper et être efficace ensemble. Par ailleurs, le télétravail n’est pas synonyme de travail à domicile, il peut se pratiquer dans des tiers lieux. Qui peuvent être des bureaux mis à disposition par d’autres entreprises, plus proches du domicile du travailleur. Certaines start-up organisent déjà la mise en contact d’entreprises entre elles. Cette pratique permet de répondre aux 15 % de salariés qui ne veulent pas télétravailler chez eux.

Quels sont les coûts liés au télétravail ?

Ils sont principalement psychosociaux. Le premier problème est le défaut d’autonomie, le travailleur doit savoir organiser sa journée, maîtriser les fondamentaux du métier et les outils numériques pour ne pas paniquer au moindre pépin. Le deuxième risque est celui de l’isolement. Le manager hésite à appeler, par crainte de s’introduire chez un salarié qui travaille chez lui ; le salarié, lui, a peur d’aller faire une course d’un quart d’heure durant la journée, même s’il joue les prolongations le soir. Le troisième risque est le mélange de la vie professionnelle et privée. A cet égard, le temps de trajet est souvent un sas salutaire entre deux univers. Tous ces risques se gèrent bien sûr, mais il faut en prendre conscience.

Le télétravail améliore-t-il le bilan carbone ?

A première vue, on peut le penser puisque l’on prend moins sa voiture : depuis la crise, le déplacement moyen lié au travail est passé de 9 km par jour et par salarié à 5,5 km. Mais il faut regarder plus en détail. Il y a une forte progression de l’utilisation du matériel informatique par les entreprises, une obsolescence accrue avec l’émergence de nouveaux outils. Une réunion de 10 personnes par visio durant 1 heure 30 équivaut à un trajet en voiture de 8 km. L’autre sujet, c’est le chauffage. Actuellement, l’entreprise chauffe la totalité des locaux et le télétravailleur chauffe son domicile. A l’inverse, il y a beaucoup moins d’impression papier et de gobelets. A ce stade, il n’y a pas de calcul du bilan global. Mais toutes ces problématiques renvoient aux deux grandes questions du télétravail : le télétravail ne peut réussir sans repenser le fonctionnement des entreprises et la formation des managers. L’enjeu n’est plus de contrôler, mais de délivrer, en laissant plus d’autonomie au salarié et au manager pour s’organiser.

Source : «Avec le télétravail, l’enjeu n’est plus de contrôler mais de délivrer»

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